De la roue de la fortune au trou de la Sécu.

Le trou de la sécu et la surprescription des médecins est un des leitmotifs des médias. Par contre personne n’a pu m’expliquer comment on calcule ce trou. Quand je vais chez le médecin, il m’ausculte, il demande parfois des examens complémentaires, prise de sang, radio, crachats et il me prescrit (ou pas) un traitement. Comment fait le gouvernement, sans savoir ce dont je souffre, pour dire que mon médecin traitant a surprescrit? Comment le ministre de la santé peut dire que la prise de sang était de trop? Ou que les antibiotiques étaient inutiles?

J’ai commencé à avoir des explications après avoir discuté avec un médecin urgentiste. En parlant d’une personne arrivée aux urgences après un infarctus, il m’a dit que vu l’âge du patient (66 ans), il ne fallait pas la transférer aux soins intensifs mais la garder dans un service chronique. Pourquoi? Parce que c’était les nouvelles “guidelines” et que c’était plus “cost-effective”. Perplexe, j’ai creusé le sens de ces néologismes. Et j’ai compris. Si vous avez 40 ans et que vous faites un malaise cardiaque, on a intérêt à faire le maximum pour vous car si vous vous en remettez, vous allez encore travailler entre 20 et 25 ans, payer des impôts, des cotisations sociales et de facto rembourser le coût de tous les soins high-tech qui vous auront été administré aux soins intensifs. Par contre, si vous avez plus de 65 ans, vous êtes retraité, vous ne produisez plus rien et vous êtes déjà une charge pour la société. il n’y a donc aucune raison d’augmenter cette charge en vous faisant bénéficier de soins coûteux. Il est donc plus “cost-effective” de vous donner des soins minimum.

Quand je vais chez mon médecin, j’espère bénéficier des meilleurs soins et des traitements les plus efficaces. Mais ce que la Sécu demande à mon médecin, c’est d’évaluer le coût versus les avantages financiers du traitement et de faire un arbitrage économique. Mon médecin doit comparer le coût du traitement avec le coût du non-traitement. Il doit comparer le coût d’un examen et celui d’un diagnostic “au pif”. Si c’est plus avantageux pour la société que je sois traité, il doit me prescrire des médicament. Si par contre ça coûtera moins cher à la Sécu de me laisser sans traitement ou de ne pas faire d’examens, il devra laisser la nature faire son travail.

C’est ce qu’on appelle le “cost-effectiveness”. Après les Mac-Dos, la roue de la fortune et la reality-TV, c’est la nouvelle importation des USA. Je peux comprendre que les économistes décident des taux d’intérêt, qu’ils décident de la durée du travail ou du taux de change, mais les laisser jouer au Docteur, là ça me dépasse.

H.

Publié dans: on 27 mai 2008 at 4:00
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